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Bonjour | 20/11/2008 22:10 | English Make DC Home page | RSS feed

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Depuis le samedi 24 mai 2008, jour de l’incarcération en Belgique, par un mandat d’arrêt émis sous scellés par la Cour pénale internationale (CPI), de Jean-Pierre Bemba Gombo, le leader du MLC, le principal parti de l’opposition parlementaire congolaise, la polémique est allée bon train dans les salons capitonnés de la capitale congolaise Kinshasa. Des insinuations malveillantes n’ont pas non plus manqué au rendez-vous. On a tout entendu, chacun y allant selon sa tirade et surtout sa vibration politique. Certains ont même accuse ouvertement et sans froid aux yeux le Président Joseph Kabila d’avoir instrumentalisé la CPI afin de faire coïncider l’arrestation du plus farouche de ses adversaires politiques avec la semaine où celui-ci devrait être plébiscité Porte-Parole de l’Opposition congolaise.

Respectabilité des magistrats de la Cpi

Mais, cet argumentaire ne résiste pas à l’analyse, du fait que, sur le plan institutionnel, une telle opinion attribue des pouvoirs exorbitants au Chef de l’Etat congolais, des pouvoirs dont ne dispose aucun autre Chef d’Etat. sur l’ensemble de ceux qui ont ratifié le Statut de Rome, et qui sont de manipuler à sa guise une Cour aussi indépendante que la CPI.
Ni les dispositions pertinentes du Statut de Rome ratifié par la RD­Congo ni la haute probité morale et intellectuelle des magistrats de cette Cour ne l’autorisent. Ce serait d’ailleurs faire injure à la respectabilité des hauts magistrats de la CPI qui ont déjà suffisamment démontré qu’ils ne cèdent à aucune pression politique, ils l’ont encore récemment prouvé dans le  procès Lubanga qui pourrait être libéré faute de preuves, la Monuc refusant de lever la confidentialité sur les documents devant infirmer ou conforter sa culpabilité.

Analysons maintenant la question sous son angle purement politique. On soutient dans la ville haute que le Président Kabila est celui qui tire plus de dividende de l’éclipse momentanée de son principal adversaire politique en l’occurrence Jean-Pierre Bemba Gombo, celui-là même qui le talonnait au deuxième tour de la présidentielle de 2006 avec son rondelet chiffre de 42% des suffrages exprimés.

ici il y a un distinguo à établir entre Joseph Kabila Kabange, Président de la République, Magistrat Suprême et Kabila Kabange tout court, leader de la majorité au pouvoir. Comme on le sait, dans la première fonction, Kabila est le Président de tous les Congolais, y compris des détenus, et plus explicitement y compris Jean-Pierre Bemba Gombo, qui a maille à partir de la CPI.

Alors question: Dans cette    prérogative constitutionnelle, est-il logique qu’un Président élu trouve un intérêt à voir ses compatriotes remplir illégalement les geôles des centres pénitentiaires ça et là? En toute conscience, la réponse est non.

Droit à des procès équitables

Pourquoi non ? Parce que le rôle du Chef de l’Etat à ce sujet précis n’est pas de s’impliquer en devenant une partie dans des procès, mais plutôt de garantir le respect de la loi afin de combattre l’impunité. A l’intérieur comme à l’extérieur, il a l’obligation de veiller à ce que ses compatriotes poursuivis aient droit à des procès équitables et que la législation en la matière soit scrupuleusement observée.

Dans ce rôle noble, le Président de la République, de quel que pays que ce soit, ne peut avoir un intérêt personnel dans un dossier judiciaire, il est plutôt le rempart aux éventuelles dérives des magistrats en sa qualité de Magistrat Suprême de la République. Autant pour Jean-Pierre Bemba Gombo que pour les Lubanga Thomas, Gatanga et autres Gudjolo, le Président de la République devra s’assumer dans le rôle ci-haut décrit.

Dans le deuxième cliché, le Président de la République est le Chef de la majorité au pouvoir, l’AMP. C’est dans cette qualité d’acteur politique qu’on pense qu’en se plaçant en face de son perdant de l’Opposition qui n’est autre que son rival Bemba Gombo, Kabila Kabange verrait d’un bon œil la mort politique de ce dernier.

Pour autant, les choses ne sont pas aussi simples que le voient certains analystes fort peu lucides entendus à ce propos. Car il faut savoir que la vision de développement de la RDC traduite dans le programme des “ Cinq Chantiers ” du Chef de l’Etat n’est plus à son étape poste électorale d’aujourd’hui, une affaire du seul camp présidentiel. Mais elle concerne plutôt tous les Congolais déterminés à quitter la pauvreté pour accéder à l’expansion économique, ce vœu n’ayant aucune coloration politique.

Il existe la contradiction

Dans leur concrétisation, ces “ Cinq Chantiers ” ont en permanence besoin des critiques objectives et des mises à jour quotidiennes pour l’ultime amélioration, l’œuvre humaine étant perfectible. Un tel apport n’est possible que dans un système politique ouvert, c’est-à-dire où il existe la contradiction et non dans un régime monolithique. C’est cette contradiction qui permet, chaque fois que la nécessité l’exige, de rectifier le tir quand bien entendu le chemin emprunté n’est pas celui du bonheur collectif.

Ce rôle est à ce jour savamment assumé par l’Opposition parlementaire qui exécute avec compétence sa mission de contre-pouvoir. De leurs questions orales avec débats adressées aux ministres de la majorité par cette minorité parlementaire, l’opinion décèle souvent des lacunes parfois graves dans la gestion des affaires publiques par la majorité.

Quelquefois ces interpellations se muent en évaluation du travail du gouvernement, permettant ainsi au Chef de l’Etat d’identifier les maillons faibles et de remodeler son architecture de combat afin de la réadapter aux exigences de sa démarche politique, ici les “ Cinq Chantiers ”.

En déstructurant cette Opposition par sa décapitation tel qu’on le laisse entendre, le Président de la République aura alors liquidé tous les contre­pouvoirs indispensables pour la régulation de son œuvre. Que se passerait-il alors en cas de dérive du navire qu’il piloterait sans ces précieux régulateurs de bord ? On irait de dérive en dérives. Jusqu’à l’heure du bilan en 2011. A qui l’intérêt ? En tout cas pas à celui qui doit justifier sa mandature.

(Ern.)

Kandolo Mulumba/Forum des As

Last edited: 21/06/2008 12:59:16

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