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Au cours du dernier Conseil des ministres du gouvernement tenu mardi 23 juin, le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire L. Mashako Mamba a, dans le rapport qu’il a présenté sur son secteur, convaincu ses collègues à prendre des mesures qui s’imposent pour redresser la situation lamentable que présente ce secteur.

mashakoTout est parti, mardi 2 juin dernier, d’une question orale adressée au ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire au sujet de la spoliation du patrimoine immobilier de l’Institut supérieur pédagogique (Isp) de Bukavu par un quidam, alors que l’édifice qui abrite cet institut appartient au patrimoine de l’Université de Kinshasa qui l’a régulièrement acquis il y a une trentaine d’années et l’a ensuite donné à l’Isp/Bukavu.

Le ministre de l’Esu n’en attendait pas plus pour faire d’une pierre deux coups et surprendre la représentation nationale par des révélations accablantes.

Non seulement il a donné moult détails sur le droit de propriété dont l’Université se prévaut sur cet immeuble depuis près de trois décennies et il a étalé par la même occasion les turpitudes et les actes de prévarication posés aussi bien par des agents des services des Cadastres que par des magistrats attirés par les pots-de-vin d’un côté, et de l’autre, toujours dans la même affaire les compromissions des corps académiques et administratifs également aguichés par des mobiles tout aussi mercantiles.
 
Mais, l’occasion faisant le larron, le ministre Mashako Mamba a saisi la balle au bond pour édifier la représentation nationale sur les différents maux qui rongent le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire.

En une demi-heure, il a peint en des termes appropriés le visage piteux que présente son secteur à la face du monde, chiffres et détails à l’appui. Un vrai cri de détresse qui a brossé un tableau si sombre que les députés s’en sont émus. Comment ne pouvait-il pas émouvoir  ses interlocuteurs qui ont appris par exemple, que de nombreux bâtiments abritant les établissements d’enseignement supérieur et universitaire – qui représentent des millions d’étudiants de par le pays – sont spoliés ou sont menacés de spoliation à la faveur de certificats d’enregistrement illégaux détenus par des tiers . Des tiers qui appartiennent parfois au corps académique de ces établissements, ou qui font partie du personnel administratif s’ils ne font pas partie de l’armée. En somme, des magouilles dans lesquelles trempent des personnalités de tout bord qui abusent de leur qualité et de leur rang social pour commettre des forfaits qui mettent en péril l’avenir de l’enseignement national. Il fallait un courage exceptionnel pour le faire !

Ainsi, de fil en aiguille, Léonard Mashako Mamba a déterré tous les fils souterrains qui, de l’Isp/Bukavu à l’Unikin via l’Ina/Kinshasa, l’Unilu, l’Ifasic, l’Ispt, l’Ietp, l’Ibtp et l’Ises et dénoncé les combines sordides qui exposent ces établissements à une spoliation  programmée si des mesures de protection ne sont pas prises en temps réel. Des révélations accablantes s’en sont suivies, qui ont édifié les Honorables députés qui s’y attendaient le moins..

Un enseignement au rabais et dépourvu de l’esprit de l’excellence !
 
D’une pierre deux coups disions-nous, car l’orateur ministériel a aussitôt enchaîné sa plaidoirie en interpellant à son tour la représentation nationale sur l’attitude qu’il sied de prendre pour remettre les pendules de l’enseignement supérieur et universitaire à l’heure. Car pour Mashako Mamba il y a vraiment péril en la demeure quand on regarde d’un œil critique la qualité de l’enseignement et de l’excellence au sein de ces établissements supérieurs et universitaires, de Kinshasa qui ne fait pas exception jusqu’au fin fond du pays. Son constat est catégorique : les enseignements, parce que dispensés par des enseignants non qualifiés et souvent dans des bâtiments inappropriés n’ont aucune valeur académique. Et le nombre ahurissant de ces institutions – plus de 4.000 recensés par ses services à travers le pays – a de quoi interpeller la conscience des élus du peuple qui ont également appris que l’ensemble de ces situations fait que notre pays se retrouve hors classement dans le palmarès universitaire tant africain que mondial pour ce qui est de la valeur des enseignements dispensés aussi bien dans ses universités que dans ses facultés.

Comme si les maux ainsi relatés ne suffisaient pas, le ministre Mashako Mamba a davantage enfoncé le clou de la perversion en dénonçant l’intrusion de la prostitution en milieux universitaires, ainsi que le trafic des cotes et des points par des professeurs qui doivent se couvrir du manteau de l’opprobre !

Et enfin, son dernier plaidoyer, il l’a réservé au problème de la relève des professeurs, notamment au niveau de la faculté de Polytechnique où la moyenne d’âge est de 65 ans. Il n’a pas non plus manqué d’épingler l’apparition du phénomène « Kuluna » qui a aussi franchi les murs des établissements supérieurs et universitaires.

Le Conseil prend fait et cause du ministre de l’Esu

Devant un tableau aussi sombre que dramatique que présente le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire tel que brossé par son animateur gouvernemental, la réunion du Conseil des ministres du lundi 22 juin s’est rendu aux arguments présentés par ce dernier dans son rapport. Aussi, il a pris fait et cause de ce rapport et constaté que ce secteur « présente à ce jour un visage triste, dégradant et médiocre pour le pays, et qu’il risque de compromettre dangereusement et pour longtemps le sort socio-économique de la RDC ».

Le Conseil des ministres s’est laissé convaincre par la plaidoirie de Léonard Mashako de ce que « les conditions de l’offre de l’éducation au niveau supérieur tant sur le plan de l’organisation, des infrastructures, des ressources humaines, financières, matérielles que de la gouvernance sont si lamentables » qu’il a aussi constaté que le mal est on ne peut plus profond et préjudiciable. Tant et si bien que, pour y remédier, il s’est décidé de prendre un train de mesures. Celles-ci vont de l’organisation d’un audit au mois de juillet prochain, aux poursuites judiciaires à ouvrir contre certains responsables des institutions de l’Esu et des membres des corps académiques, scientifiques et administratifs.

Bref, en un mot comme en cent, il est question d’assainir le secteur de l’Esu avant la rentrée académique 2009-2010 fixée au 15 octobre prochain.

Avec la détermination que l’on reconnaît à cet homme qui connaît fort bien les us et coutumes pratiqués dans les établissements de l’enseignement supérieur et universitaire, on peut parier avec lui qu’il viendra à bout des tares qu’il a dénoncées à la représentation nationale et à remettre ce secteur dans le chemin de l’excellence et de la qualité de l’enseignement qui y est dispensé. D’autant plus que dans sa croisade, il bénéficie désormais de l’aval du Parlement et du Gouvernement.

(DN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 25/06/2009 17:40:14

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