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Dans son discours de circonstance prononcé à l’occasion de la célébration du 49ème anniversaire de la RD Congo, J. Kabila a rappelé à l’ordre les magistrats pour les pratiques contraires à la bonne distribution de la justice.

kabilaLa justice à la tête du client ; les sentences monnayées bref : l’enrichissement sans cause des agents chargés de dire le droit a occupé une place de choix dans le traditionnel message du chef de l’Etat Joseph Kabila à la nation à l’occasion de la commémoration du 49ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo.

Que ce rappel à l’ordre intervienne trois semaines après la clôture de la deuxième session extraordinaire du Conseil supérieur de la magistrature, on mesure toute la signification et toute l’importance que le président de la République attache à la manière dont se distribue la justice dans ce pays. En somme, le paragraphe de son message à la nation de ce 49ème anniversaire de l’indépendance est une interpellation sans complaisance par le chef de l’Etat des hommes qui disent la loi au détriment des règles édictées par la déontologie de leur profession.

 Certes, cette seconde session extraordinaire du Conseil supérieur de la magistrature a offert au président de la République une panoplie de matières de réflexion qui ont davantage enrichi le volumineux « Pro justitia » qui accable la magistrature congolaise dans sa manière inique de dire le droit.

Les dérapages déontologiques des magistrats congolais ne sont plus secrets de Polichinelle, en tous les cas pas un sujet tabou tant leur évidence sort des prétoires où l’on assiste souvent à des arrêts et des jugements scandaleux dans lesquels le bon sens élémentaire et l’équité sont bafoués allègrement au nom de la morale de l’argent.

C’est du reste ce qui stresse le ministre de la Justice Luzolo Bambi qui ne rate pas une seule occasion, depuis qu’il est en charge de ce ministère d’adresser des philippiques acerbes à l’endroit des membres d’une corporation qui, selon lui « pratique une justice à deux vitesses » qui envoie en taule les citoyens de seconde zone et protège « de potentiels justiciables qui nichent dan,s la haute sphère de l’administration publique et dans les bureaux huppés des grandes villes du pays ».

Cette impression de justice à deux vitesses, Luzolo Bambi l’a ramené à Kinshasa après la tournée qu’il a effectuée à Lubumbashi et à Likasi au Katanga où il a visité toutes les prisons autant qu’à Kinshasa. Le constat qu’il a en a dégagé est le même : les magistrats font leur travail en succombant aux pressions politiques. Tant et si bien, a noté le ministre, qu’il a été blasé de ne trouver en prison que « des personnes faibles. Pas des personnalités assez importantes même au niveau de la Fonction publique, du grade de chef de division jusqu’en haut » !

Cette absence remarquable des gros poissons dans le vivier pénitentiaire national a de quoi courroucer ce juriste pur et dur qui ne comprend pas pourquoi les magistrats ne veulent pas donner au peuple congolais l’occasion de comprendre que personne n’est au-dessus de la loi. Notamment en jetant en prison des gens appartenant à la classe aisée et qui commettent des infractions à la pelle sans qu’ils soient le moins du monde inquiétés !

Pour cet homme qui est décidé de nettoyer les écuries d’Augias infestées d’hommes qui ont tourné le dos à l’honorabilité et au sens de l’équité, il ne doit pas y avoir de demi-mesure à leur encontre. Ils se comportent e véritables iconoclastes qui dépouille la magistrature de toute la noblesse que lui confère son nom. Sérénité, fermeté sont les maîtres mots qui soulignent les actions qu’ils veut voir mener les magistrats et, si d’aventure ils faillissent à leur mission, ils devraient à leur tour se considérer comme des délinquants à cause des dérives dont ils se rendent coupables dans l’exercice de leur fonction.

C’est pourquoi, dénonçant certains avocats véreux qui pullulent les prétoires  au même titre que ceux des magistrats en rupture de délicatesse avec la déontologie de leur profession il en arrive à les traiter de « criminels à col blanc », expression dont la quintessence coule de source.

Le procès que Joseph Kabila fait de cette même magistrature dans son message à la nation lors de la fête nationale constitue une dénonciation sans complaisance des tares et antivaleurs qui gangrènent la société congolaise. Il entre en concours idéal avec les thèses que ne cesse e développer Luzolo  dans ses philippiques contre les magistrats, hommes appelés de par leurs fonctions à garantir les fondations de l’Etat de droit auquel aspire la RD Congo.

Les dols, l’intolérance, l’indiscipline, la corruption, la concussion et la gabegie financière sont quelques-uns des maux qui gangrènent le corps de la magistrature nationale et qui, de l’avis du chef de l’Etat « risquent de mettre en péril le vaste programme de reconstruction nationale » qu’il a initié et qui a transformé le pays en un vaste chantier.

Quels que durs que puissent être les propos leur tenus par le président J. Kabila, les magistrats ont encaissé le coup. A ce sujet, la réaction via la réplique de Eric Kuku Kiese secrétaire général du Synamag, le Syndicat national des magistrats est révélatrice de l’accueil réservé par les concernés au discours présidentiel du 30 juin 2009. Sa réponse est un véritable aveu de culpabilité qui  fait foi de la profonde probité morale qui caractérise sa personnalité.

Non seulement ce haut magistrat bat la coulpe au nom de tous ses confrères en reconnaissant la pertinence des préoccupations exprimées par JKK, Eric Kuku Kiese a poussé l’honnêteté intellectuelle jusqu’à reconnaître  - nous devons le lui concéder – que la sanction est certes l’une des solutions envisageables pour moraliser cette corporation souillée par les maux dénoncés dans l’allocution présidentielle.

En revanche, il a par la suite fait montre de courage en indiquant la cause première inductive des dérapages qui handicapent la bonne administration de la justice en Rd Congo et qui se posent en un terme à deux volets : l’amélioration des conditions sociales au sein de ce corps et la recherche de ses remèdes.

Morte la bête, mort le venin, l’adage n’est que trop connu. En effet, en supprimant la cause, on devra sans doute tomber du coup vers la réduction des effets. Aux pouvoirs publics de réfléchir sur la portée de cet aveu de culpabilité sur fonds de revendication. Mais, par les temps qui courent, la question paraît insoluble à court terme. A moins que le pays connaisse rapidement une croissance qui pourrait résoudre la problématique des conditions sociales des agents et fonctionnaires de l’administration publique. Hélas pour cela, ce n’est pas encore demain la veille.

Mais, par contre, la recommandation sous-jacente formulée par le secrétaire général du Synamag ne manque pas non plus de pertinence : « Les ministres, vice-ministres et députés qui se comportent au même titre que les magistrats doivent également encourir les sanctions promises aux magistrats ». Une vision de la justice que prône du reste le ministre de la Justice Luzolo Bambi quand il persiste et signe que pour lui,  personne n’est au-dessus de la loi.

Nous ne pensons pas que le Synamag  a raison de subordonner le changement des mentalités dans la corporation à l’amélioration des conditions sociales des magistrats. Le respect de la déontologie et de l’éthique ne le leur autorise pas. La sanction dans ce cas est à craindre.

(TN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC



Last edited: 04/07/2009 16:46:11

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