Le nouvel ambassadeur angolais à Kinshasa a donné son premier point de presse en marge de la célébration mercredi de la fête nationale de son pays, en misant sur la prochaine Commission mixte RDC-Angola pour évacuer les points de discorde surgis entre ces deux Etats voisins
L’usage de rencontre avec la presse locale la veille de la fête nationale de l’indépendance de l’Angola, le 11 novembre, a été respecté par la mission diplomatique angolaise à Kinshasa. Le nouvel ambassadeur d’Angola dernièrement désigné pour le poste de la RDC, M. Emilio Jose de Carvalho Guerre, n’y a pas dérogé. Il a, en effet, tenu mardi sa première conférence de presse dans la capitale congolaise.
Il s’est agi d’un premier contact assez délicat avec les médias congolais, du fait que cette rencontre est intervenue dans un contexte d’indéniable crispation entre la RDC et l’Angola, surtout pour un nouveau venu remplaçant le longtemps familier ambassadeur Mawete nommé lui gouverneur de la province angolaise de Uige. Les sujets qui cristallisent la notoiree tension actuelle entre les deux pays ne pouvaient manquer de dominer ce point de presse qui a tout de même réuni plusieurs représentants de la presse nationale et étrangère.
Le nouveau chef de mission diplomatique angolaise est un vétéran de la guerre de libération du MPLA avant d’être versé dans la diplomatie dans laquelle il a acquis une riche expérience tant à la représentation de l’Angola en Belgique et à l’Union européenne que dans les pays d’Afrique tels le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun et le Tchad. C’est dire combien cette carrière doublée d’une formation en Agronomie prédispose ce diplomate à aborder avec tact les questions qui requièrent doigté et fermeté. Sans rien contourner, il a donné des perceptions très avisés qui sentent l’art militaire consommé et la réserve de diplomate aguerri.
Le point de presse de M. Emilio Jose de Carvalho Guerra a gravité autour d’une communication de l’ambassadeur suivie d’un échange en questions et réponses appelées à éclaircir ses interlocuteurs sur les zones d’ombre qui focalisent la tension actuelle entre Kinshasa et Luanda. Le diplomate a recouru à la courtoisie pour débuter son adresse en ces termes : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs de la Presse, Noblesse oblige, lorsque les gens se rencontrent pour la première fois, ils doivent avant toute chose se saluer et se présenter. Etant donc la première fois que nous nous rencontrons, je ne peux me dérober à ce devoir combien primaire et légendaire. Ainsi, chevaliers de la plume, je vous souhaite la bienvenue dans ce cadre paisible de notre Mission Diplomatique.
Etat des lieux par un diplomate aguerri
Ce premier contact avec la presse m’oblige à me présenter parce que, depuis ma nomination en République Démocratique du Congo, il ne s’est pas encore présenté meilleure occasion me permettant d’entrer en contact avec le public, les circonstances indépendantes de ma volonté m’ayant place au pied du mur, à telle enseigne qu’il m’a été difficile de rester longtemps au bureau ».
M. Emilio Jose de Carvalho Guerra tracera brièvement son cursus diplomatique en épinglant ses précédents postes, particulièrement au Gabon où, signalera-t-il, il n’avait plus eu l’occasion de présenter ses adieux au défunt président Omar Bongo dont il a salué la mémoire en souhaitant le repos en paix pour son âme. Il en viendra pour le vif du sujet à aborder les relations séculaires entre la RDC et l’Angola dont il stigmatisera l’état des lieux comme suit.
« Mesdames et Messieurs les journalistes, l’Angola et la République Démocratique du Congo partagent une frontière commune de 2.511 Kilomètres. Ceci veut dire qu’avant l’arrivée des européens et des arabes, bien des peuples des deux pays cohabitaient dans un espace géographique commun. C’est le cas du peuple Lunda de l’Angola qui jusqu’à présent à son roi, Mwatsha Yamvu en RDC, les Basuku dont la reine est Ngudi à Nkama à Luremo en Angola et les Nekongo de la RDCongo, du Congo Brazzaville et du Gabon avec pour capitale du Royaume, la ville de Mbanza Kongo, en Angola.
Les aides mutuelles entre les deux Etats datent de la Conférence de Berlin de 1885 lorsque les puissances occidentales avaient décidé de se partager l’Afrique. Ces derniers temps, les gens mettent en exergue l’aide que les Congolais ont donnée aux Angolais durant la guerre de libération. Ils ne savent pas que dans la décennie de cinquante du XXème siècle, les Angolais qui pensaient déjà que la liberté de leur pays dépendait de l’indépendance du Congo Léopoldville d’alors, avaient contribué en argent récolté en Angola et ici même au Congo, pour le financement des partis comme l’ABAKO de Kasa-Vubu. Ils ne savent pas non plus qu’à la même époque le MLC de Lumumba et certains partis nationalistes angolais s’entraidaient.
C’est pourquoi, les Angolais suspectés par les services secrets belges d’appuyer les mouvements indépendantistes du Congo ont été déportés et remis à la Police secrète du Portugal. Ce qui veut dire que l’aide des Congolais aux Angolais pendant la lutte de libération de l’Angola était normale. C’est sur base de cette réciprocité d’entraide qu’en août 1998, l’Angola avait décidé d’intervenir lorsque le Congo, en plus de vivre sous la menace d’une implosion, courrait le risque d’être assiégé.
L’Angola n’est pas intervenu seulement en RDCongo, mais elle a aussi contribué, par le sang de ses fils, à la chute du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, à l’accession de la Namibie et du Zimbabwe à l’Indépendance. L’histoire récente de l’Afrique est assez vivante pour rafraîchir La mémoire aux éternels détracteurs de l’Angola.
Les Angolais ont senti dans leur chair les affres de la guerre. Sept ans après la guerre, toute leur attention est tournée vers la reconstruction dont le résultat est uniquement contesté par des esprits mal intentionnés. Dernièrement certains faiseurs d’opinions ont cru bon profiter de quelque incompréhension glissée dans les rapports entre les deux pays pour décharger sur l’Angola leurs frustrations, insultes et, même, des déclarations de guerre ».
Sans détours les questions qui fâchent !
Après avoir presque assouvi une sorte d’angoisse ressentie visiblement à la suite de l’incompréhension qui semble s’établir pour des déplorables malentendus entre son pays et la RDC, M. Emilio Guerra conclura que : « Le désir de l’Angola est que la République Démocratique du Congo retrouve la paix et embrasse la voie de reconstruction nationale pour le bonheur des millions des Congolais, seul gage de la grandeur d’un peuple. Le reste n’est que distraction. Car, nous sommes convaincus que lorsque la RDC sera en paix et stable, l’Angola n’aura pas d’inquiétude ».
Enfin le diplomate stigmatisera les points de friction apparus entre la RDC et l’Angola. En ce qui concerne les expulsions des étrangers dont les ressortissants congolais, il dira que cela relève de la souveraineté de chaque pays tenant à rétablir la légalité sur son territoire. « L’Angola a ses lois et, dans ce contexte, elle a toujours agi en conformité avec les principes et normes du Droit international. D’ailleurs, aucun pays réellement organisé ne tolère que n’importe quel citoyen, indépendamment de ses origines, entre et s’installe illégalement sur son territoire, moins encore dans ce qu’il considère comme son espace stratégique, pour commencer à y extraire ses matières premières, s’adonner à la contrefaction de sa monnaie, à la vente des drogues, au vol à main armée, à la falsification des documents et à la prostitution déchaînée ».
« Sincèrement, poursuivra-t-il, l’Angola ne voit pas l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Namibie ou le Botswana et même la RDC, accepter que des étrangers aillent faire la même chose sur leur territoire. Les Congolais et les citoyens honnêtes d’autres pays vivent en paix en Angola et n’ont jamais été inquiétés. Mais ceux qui pratiquent des actes contraires à la bonne conscience et aux lois du pays, ceux-là, nous ne voulons pas d’eux chez nous ».
Pour ce qui est des prétendues violations des frontières de la RDC par l’Angola, cette question a été traitée par les deux gouvernements, y compris le cas Kahemba qui a fait l’objet d’une rencontre des parties, à Bruxelles, en présence des anciennes puissances coloniales (BeLgique et Portugal). Le gouvernement congolais dispose du Communiqué sanctionnant ces travaux ».
« Quant à l’accusation sur la violation de la localité de Tshela par les Forces Armées Angolaises (FAA), le démenti du Ministre (congolais) de la Communication Sociale et Medias, M. Lambert Mende, lors de la présentation du Livre Blanc, a été plus qu’explicatif et sans équivoque là-dessus. Donc, je n’y reviendrai pas ».
Sur la problématique du plateau continental et celle des frontières (maritimes), il a été décidé par les deux parties angolaise et congolaise, en Octobre dernier, ici à Kinshasa, qu’elles soient abordées au cours de la réunion de la Grande Commission mixte bilatérale prévue pour la deuxième quinzaine de ce mois à Luanda ».
Fructueux échange aux questions et réponses
Les journalistes n’étant pas jamais satisfaits des seules déclarations d’un interlocuteur monologue, ils ne se sont pas dérobés à leur tour à leur devoir d’exiger de plus amples éclaircissements sur des questions qui fâchent dans la crise actuelle. L’ambassadeur s’y est prêté sans broncher. Ainsi dira-t-il, s’agissant de l’absence remarquée du président angolais Eduardo Dos Santos aux récents sommets et de la SADC et de la CEEAC à Kinshasa, qu’il n’y avait pas lieu de s’agiter autour de cette absence, puisque l’Angola pays était bien représenté à ces assises notamment par le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères qui sont les collaborateurs du président Dos Santos au sommet du pouvoir à Luanda. L’Angola n’ayant pas été totalement absente aux sommets de la SADC et de la CEEAC de Kinshasa, il n’y avait pas à voir une quelconque affectation des rapports qualifiés de très bons entre Kinshasa et Luanda.
Sur la reprise du trafic suspendu entre Kinshasa et Luanda de la compagnie angolaise TAAG, M. Emilio Guerra dira qu’il s’était posé un problème entre les services de navigation aérienne entre les deux pays. Il faut donc aplanir ces malentendus notamment sur les retards que prennent les commodités des embarquements causant de préjudiciables retards des vols d’avions atterrissant à l’aérogare congolais.
La reprise du trafic aérien est conditionnée par cet arrangement.
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Poussé à revenir une fois de plus sur les expulsions qualifiées de sauvages dans l’opinion congolaise des ressortissants de la RDC, l’ambassadeur signalera que c’est après plusieurs avertissements des autorités congolaises que Luanda avait fini de décider ces expulsions, surtout face à la résistance des exploitants illégaux des mines de diamant d’Angola recourant à des armes de guerre trouvés sur eux, que les autorités angolaises furent contraintes d’envoyer des unités de l’armée pour maîtriser la situation.
Lors des dernières expulsions de septembre dernier, par exemple, les FAA ont intercepté 37 armes de guerre sur les exploitants congolais en situation irrégulière de même que beaucoup d’autres armements, révèlera le diplomate concluant sur ce chapitre que « si quelqu’un vous attaque, vous ne répondez pas avec un biberon ! ». A l’insistante question de la presse, il confirmera la confiscation des biens trouvés sur les suspectés creuseurs congolais. Ainsi, avouera-t-il, furent saisies d’importantes quantités de diamant (307 pierres en l’occurrence dans une certaine opération de ratissage), des milliers de dollars, du matériel utilisé pour le creusage et autres équipements, etc.
Sur les frictions autour des frontières, le diplomate s’est contenté de répéter, s’agissant notamment des cas d’incursions angolaises à Kahemba, au Bas-Congo particulièrement dans le territoire de Tshela dont il a renié les faits, que le ministre congolais de la Communication Lambert Mende avait été clair là-dessus. Toutefois la prochaine Grande Commission mixte RDC-Angola s’emploiera à traiter ce problème pour lui trouver la solution définitive et satisfaisante.
La même Commission mixte abordera aussi le problème soulevé par l’Assemblée nationale de la RDC sur les frontières maritimes congolaises du plateau continental que Luanda, selon l’ambassadeur, souhaite voir réglé sans recours à un arbitrage extérieur, hors du contexte des tractations bilatérales de cette Commission. M. Emilio Jose de Carvalho a profité de la considération de cette question pour déplorer ce qu’il a qualifié de comportement inhabituel adopté par l’Assemblée nationale de la RDC en votant une loi sur cette délimitation des frontières maritimes congolaises, alors que le problème soulevé n’avait pas encore fait l’objet de discussion entre les deux pays.
Toutefois et en définitive, l’ambassadeur angolais s’est dit confiant en gardant espoir que la Grande Commission mixte RDC-Angola attendue et appelée de tous les vœux aplanira les divergences et relancera un flux migratoire normal et inévitable entre deux pays voisins liés par des liens historiques imprescriptibles qu’il n’appartient à aucune partie de compromettre. C’est sur cette note d’espoir que le nouvel ambassadeur entend replacer l’événement de la célébration de la fête nationale d’Angola ce mercredi 11 novembre en associant les voisins Congolais.
Daniel Nzuzi/MMC
(DN/Yes)
Last edited: 10/11/2009 19:55:10