Jamais un président n’aura été aussi diabolisé et couvert des invectives caustiques sur base des soupçons d’un projet machiavélique de présenter sa candidature pour un troisième mandat prohibé par la Constitution.

Face à cet injuste  procès d’intention, et aux yeux de l’histoire, Joseph Kabila a triomphé haut la main.

En désignant un candidat président pour le compte de sa méga-coalition, le FCC, il s’inscrit en lettres d’or dans les annales de l’histoire de la RDC comme l’architecte complet de la rédémocratisation de la RDC – après les épisodes de la démocratisation de 1960-1965 et l’échec de la CNS. Une authentique double prouesse historique.

En effet, Joseph Kabila a défait les flagorneurs de la M.P fabricants d’une rocambolesque interprétation constitutionnelle pour un troisième mandat, autant qu’il a renversé ses détracteurs lui imputant malicieusement l’intention de se représenter. Et plus remarquable, Joseph Kabila  aura  réussi à rédémocratiser la RDC, tout en reconstruisant l’Etat, en reformant l’économie, en unifiant l’armée. Un vrai tour de force.

Aucun leader politique Africain n’a démocratisé son pays après une «Guerre Mondiale Africaine», avec un Etat en dislocation et une économie dévastée. A deux reprises, la RDC aura organisé les élections avec ses propres moyens financiers (2011 et 2018) pour un total faramineux avoisinant $ 1 milliard!

Certes, il y en encore d’immenses déficits couplés aux défis. Mais le Fils de Mzée Kabila a réussi son pari dans un contexte dont la complexité était au-delà de tout idéaltype scientifique requis pour démocratiser un pays.

Indubitablement, les négationnistes verront dans l’acte de J. Kabila une capitulation. D’autres y cerneront la conséquence des pressions occidentales et autres menaces de guerre par les pays voisins. Mais, l’histoire retiendra que par cet acte, Joseph Kabila a réussi «magna cum laude». Il a fait preuve d’une grandeur d’esprit politique. Il s’est élevé au dessus des instincts  autoritaristes des autres présidents de la région ayant fait modifier la Constitution pour se pérenniser au pouvoir. Respect au Raïs.

Le minimum de rectitude intellectuelle et d’impartialité scientifique exige qu’on lui reconnaisse cet exploit politique historique, non seulement de démocrate, mais surtout de bâtisseur de la démocratie.

J. Kabila pourra désormais parcourir le monde pour expliquer comment on démocratise un Etat trouvé en faillite et disloqué avec une économie en effondrement tectonique.  C’est ce que cette cogitation avait déjà relevé dans l’ouvrage publié en Mai 2018.

Dans sa version originale, la cogitation portait le titre : «Le Rais  J. Kabila en fin de règne et le jugement collectif historique: critique  de l’imagerie du président en  RDC.»

ENTRE L’IMAGERIE DU RAIS PACIFICATEUR-MODERNISTE ET LE KABILA AUTOCRATE DEMOCRATICIDE

La construction de l’image d’un président de la République et son intériorisation dans la conscience collective est fondamentalement fonction de l’intelligibilité et de la discursivité déployées par les politiciens.

Aux USA, l’étude des présidents et leurs modes opératoires constituent toute une sous-discipline de la Science Politique.

En RD Congo, ce sont les politiciens et surtout les communicateurs du camp au pouvoir et l’opposition qui formatent et articulent les termes de l’intériorisation dudit président dans la conscience collective.

Sous cette lumière, sans  fournir une exploration exhaustive, on peut noter que la MP et l’opposition ont de manière générale construit deux images diamétralement opposées de Joseph Kabila. Ces images influent sur le jugement collectif et historique du président.

En ce qui concerne la MP (et l’AMP avant elle), l’image ou la représentation mentale de Joseph Kabila a été constamment structurée dans les termes d’intelligibilité du «Raïs Kabila pacificateur» (2003-2010) et le Raïs Kabila modernisateur (2011-2017).

Les campagnes électorales de 2006 et de 2011 ont été conduites essentiellement sur base de ces thématiques.  Les discours, interventions oratoires, la communication en solo ou dans les débats et autres écrits de la MP ont gravité autour de ces deux idéogrammes.

La télévision nationale (RTNC) et les stations de télévision associées au pouvoir diffusent tant ostentatoirement que subtilement cette conceptualisation. Elles injectent l’image du Raïs Kabila pacificateur-modernisateur dans la psyché collective.        

A l’antipode, les politiciens de l’opposition ont depuis 2001 présenté tant aux Congolais qu’à l’opinion internationale l’image d’un Joseph Kabila potentat déterminé à monopoliser le pouvoir.

L’opposition originale et radicale a peint l’image d’un Kabila autocrate accumulateur des richesses nationales avec ses affidés politico-mercantilistes.

Dans les campagnes électorales de 2006 et de 2011, cette thématique a prévalu.

De même, dans la plupart des interventions médiatiques, les conférences et les écrits  des acteurs de l’opposition, surtout à l’étranger, c’est cette image d’un Kabila néo-mobutiste (Mobutu Light, dixit Jeune Afrique) accumulateur qu’ils ont martelée. Ensuite, la défection de gros calibres Kabilistes (Katumbi, Kamerhe, Lumbi, Kalombo et les G7) vers l’opposition  y a ajouté l’image d’un J. Kabila démocraticite.

Ces nouveaux convertis à l’opposition, comme s’ils voulaient révéler une dimension ombrageuse de J. Kabila, nous le présentent comme un «personnage opiniâtre, presque sinistre». Un absolutiste déterminé à envoyer le projet de la démocratie en RDC aux calendes grecques pour régner à perpétuité.

«Nous l’avons quitté parce qu’il veut noyer la démocratisation», semblent-ils nous dire. Dans la crise politique de 2016, empirée par la tragédie du 31 Décembre 2017, c’est cette image de Joseph Kabila fossoyeur du projet républicain de la démocratisation, dont les racines sont ancrées dans la CNS, que ces nouveaux opposants ont exploitée et amplifiée.

L’ICONOGRAPHIE POPULISTE : J.KABILA LE CHEVAL DE TROIE DES FORCES DE LA BALKANISATION

Inéluctablement, les deux thèses présentées au point précédent formatent la perception du Président Kabila dans la psyché populaire. On les trouve aussi reprises en échos sous diverses formes tant chez les intellectuels, les journalistes, la société civile, que les ecclésiastiques.

Mais ici, il est important de capter le concept de J. Kabila qui transparait dans l’imaginaire de la population, dans les places publiques, les bus, les lieux de beuverie, les places mortuaires, tant au pays que dans la Diaspora. Dans cette optique, l’image dominante de J. Kabila est celle d’un produit des Rwandais dans une conspiration avec les occidentaux pour la prédation du Congo et sa balkanisation.

Sur la myriade des sites webs, des productions vidéos placées sur YouTube, dans les réseaux sociaux,  quelle que soit la variante, c’est cette image qui prévaut, explicitement ou en filigrane.

Elle influence tout jugement sur J. Kabila. Cette conceptualisation ou encore cette imagerie d’intériorisation de type populiste n’est pas exclusivement inspirée par l’opposition. On pourrait même affirmer que c’est plutôt l’inverse : l’opposition a repris en échos cette iconographie produite par une mentalité politique collective ambiante.

En effet, cette image découle d’un reflexe d’auto-exonération par les Congolais de leur part de responsabilité dans le drame qui secoue la société.

C’est le reflexe de la recherche du bouc émissaire qui, comme je l’ai noté dans une autre réflexion, nous amène souvent à transposer notre mal dans l’autre.

Dans ce schème mental populiste, on cherche toujours le coupable en dehors de soi-même. On pointe l’autre comme le sorcier.                                                                      Ainsi, la conscience collective a mécaniquement, sans trop réfléchir objectivement, adopté des prédispositions pour s’imbiber de tout discours qui brandit les autres (Rwandais, Américains, occidentaux) comme auteurs de nos malheurs.

C’est ainsi qu’en RDC, tout comme à l’étranger, les Congolais se délectent de tout récit  brandissant J. Kabila comme un Rwandais, envoyé par Paul Kagame pour gouverner le Congo et le piller au profit des Américains et autres occidentaux.

Force est de relever que certains pseudo-nationalistes (et intellectuels souffrant des distorsions cognitives) martèlent cette thèse en soutenant que les occidentaux veulent balkaniser le Congo. Au même moment, la population pense que cette balkanisation a comme agent principal (relais des occidentaux) Joseph Kabila.

En d’autres termes certains Kabilistes et leurs intellos déficients et xénophobes qui promeuvent la thèse de la balkanisation fournissent les munitions aux détracteurs du Raïs Congolais.

LE PRISME TRANSCENDANTAL : J.KABILA LE DEMOCRATISEUR (DEMOCRATIZER) REFORMISTE

Quelle pourra être alors l’intelligibilité de Joseph Kabila dans le jugement de l’histoire, dans le prisme d’une historiographie politologique délestée de la subjectivité partisane.

C’est-à-dire un entendement épuré des distorsions cognitives populistes produites par la tradition et autres affabulations inhérentes aux détritus mentaux ambiants? Il est évident que la conceptualisation proposée ici n’est pas du tout exclusive.

Elle n’est qu’une piste de compréhensibilité de J. Kabila. Le prisme transcendantal relativise aussi la thèse de J. Kabila autocratique et démocraticide prônée par les opposants.

J. Kabila n’est aucunement un autocrate kleptocratique et sultanique, egocentrique et phallocratique, comme Mobutu, Nguema, Zuma ou Mugabe.

Donc, en ultime instance, l’historiographie politologique captera certainement Joseph Kabila comme un leader «démocratiseur » (en Anglais democratizer) minimaliste car ses réformes n’ont pas su enclencher le début de la mutation substantielle de la RDC.

Le Raïs Congolais est un «démocratiseur» parce que rejetant le radicalisme des extrémistes qui l’avaient précédé (les écartant ensuite au péril de sa vie !), et qui avaient prohibé les partis politiques, et avaient imposé un dirigisme économique désuet, il a promu le pluralisme politique tout en ravivant l’économie jadis désintégrée.

Et plus déterminant au plan systémique, les historiens et politologues retiendront certainement  que la dispensation de Joseph Kabila a donné au système politique congolais toutes les composantes structurelles majeures de la démocratisation (constitution, loi électorale et administration électorale, institutions démocratiques, trois cycles électoraux en 12 ans !).

Le  régime Mobutiste et ses élites de la CNS avaient échoué d’enclencher cette dynamique systémique de 1990 à 1997. Mais, le régime Kabiliste (et certains affidés radicaux), n’a pas su opérationnaliser le système politique en substance vers la consolidation de la démocratisation. Sa démocratisation aura donc été minimaliste – une version de la dictablanca.

La non-organisation des élections et la résurgence de la restriction des libertés en 2016-2017 constituent un frein majeur.

Par ailleurs, le Raïs Kabila a été un pratiquant notable des réformes économiques. En effet, aucun historien ou politologue équilibré ne manquera de noter que J. Kabila a accepté et matérialisé des réformes économiques draconiennes exigées avec rigueur par le FMI et la Banque Mondiale.

Ces réformes permirent l’effacement de la dette (plus de $10 milliards) et surtout l’assainissement du cadre macro-économique. Cela a permis le retour de la RDC dans la zone de la croissance économique, la maitrise de l’inflation et l’amélioration des revenus, ainsi que l’attraction des investisseurs.

Ces réformes ont permis l’amélioration notable du budget national de moins de $1 milliard avant 2001 à plus de $6 milliards dans les années 2011-2014.

La capacité réelle de la trésorerie de l’Etat est passée de moins de $800 millions en 1997 à plus de $4 milliards sous le régime kabiliste.

Cependant, les impératifs politiques, institutionnels et militaires d’un Etat en reconstruction ont imposé des charges de rémunération et de fonctionnement gigantesques.

Cela a réduit la capacité financière de l’Etat, l’empêchant d’accorder des ressources significatives aux besoins sociaux et aux investissements publics, afin d’accélérer la reconstruction.

En plus, le Raïs Kabila n’a pas su impulser le Congo au-delà, diversifier l’économie, construire des infrastructures  énergétiques mutationnelles, en 17 ans de pouvoir. Ce n’est pas splendide, mais ce n’est pas «rien.» C’est une occurrence matérielle et d’une historicité indéniable.

CONCLUSION : LE DEMOCRATISEUR VICTIME DES EFFETS OPTICO-PSYCHOPOLITIQUE DES REFORMES INITIEES

Comme le note le Professeur Mulumbati de l’université de Lubumbashi (Sociologie Politique), c’est lorsque le détenteur du pouvoir initie des réformes que le peuple guidé par le brin de lumière produite par la liberté, aperçoit les plus grandes possibilités de changement. Ainsi mieux éclairé, le peuple exige donc dudit détenteur du pouvoir qui initie des réformes courageuses plus qu’il ne réalise. C’est l’effet optico-psychopolitique des réformes. In fine, pour une reconstruction plus accélérée et un développement expansif, il est plus rationnel et moralement édifiant de conceptualiser J. Kabila comme un démocratiseur réformiste, afin de mieux cerner son modeste accomplissement, d’évaluer les projets existants, et leurs déficits, pour éviter «la bêtise de l’éternel recommencement.» c’est la seule voie de la raison pour envisager la marche vers l’édification du Congo Emergent avec lucidité.

Il convient de partir de ce qui a déjà été réalisé en corrigeant les défaillances, pour ne pas verser dans les irrationalités de la table rase. Il faut s’exorciser du délire auto-messianique, éviter les pièges du populisme, et ainsi construire plus vite et plus efficacement à partir des efforts déjà consentis.

Hubert Kabasu Babu Katulondi (Libre-penseur, Ecrivain)

L’Avenir


(BT/Yes)