Nouvelle escalade de la crise entre Ankara et Washington, qui provoque ces derniers jours un effondrement de monnaie turque, la livre. Le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé mardi 14 août que son pays allait « boycotter » les appareils électroniques américains en riposte aux sanctions de Washington contre son pays. Une décision qui risque d'inquiéter encore plus les marchés financiers et les investisseurs.

En pleine tempête financière, Recep Tayyip Erdogan garde le cap : non seulement il ne cède pas face aux sanctions américaines, mais il surenchérit en annonçant une contre-représailles. Dans un discours célébrant les 16 ans au pouvoir de son parti, l'AKP, le président turc a annoncé la mise en place d'un boycott des appareils électroniques américains. « S'ils ont des iPhone, de l'autre côté il y a des Samsung », a lancé le chef de l'État, alors que les produits de la marque Apple, dont l'iPhone, sont très utilisés en Turquie, y compris par Recep Tayyip Erdogan lui-même.

Le président turc choisit donc la confrontation plutôt que l'apaisement, alors que la monnaie nationale, la livre, ne montre aucun signe de redressement après sa chute brutale des derniers jours. Sur les réseaux sociaux, les partisans d'Erdogan diffusent des appels au boycott de produits en provenance des Etats-Unis.

Même de grandes entreprises turques se joignent au concert anti-américain. La compagnie aérienne Turkish Airlines et le groupe Türk Telekom ont annoncé ces dernières heures leur décision de ne plus acheter d'espaces publicitaires à des sociétés américaines.

Recep Tayyip Erdogan appelle ses citoyens à soutenir ses mesures au nom de la « lutte nationale ». Un appel qui ne convainc pas Hatice Sezen, une enseignante à la retraite : « Il ne veut plus importer d'iPhone ? Et qu'est-ce que ça va changer ? La moitié de nos jeunes se promène déjà avec un iPhone dernier cri! Tout ça, ce ne sont que des mots... Il ferait mieux d'essayer de redresser notre économie, en commençant par l'agriculture et l'industrie. »

Mehmet, un employé turc acquis à la rhétorique du chef de l'Etat, dit au contraire soutenir le boycott : « Je pense même qu'il arrive tard. Ca fait trop longtemps que la Turquie est dépendante des importations, au lieu de développer sa production. Quand des alternatives locales existent, il faut les préférer, par exemple pour les télévisions ou l'électroménager. »

Depuis l'appel de Recep Tayyip Erdogan, des entreprises et des institutions lui ont emboité le pas. Le ministère de l'Urbanisme affirme par exemple qu'il n'utilisera plus de matériaux de construction importés des Etats-Unis. Sur les réseaux sociaux, les appels à ne pas consommer de produits américains se multiplient. Le mot-clé « boykot » s'affiche d'ailleurs en tête des tendances sur le Twitter turc.

RFI 


(GM/Yes)