« Yeyeyeye  Yeyeyeye

Yeyeyeye Mama

Mama nga mwana, mama nga mwana nayo mawa eee

Ma’ Olenga Masikini, Mosekonzo Malelisa ngai

Pasi eleki liloba ebo kobima na mongongo ebongwani pinzoli

Na kende koluka na malembe oyo ya nga esika na Parking Ya Ba Baba »

Nous sommes dans les premières minutes du dimanche 26 août 1998, à Paris, dans la salle mythique de l’Olympia.

Dès les premières notes de cette chanson « Parking ya Baba », j’ai la chair de poule, je suis envahi par l’émotion, yeux humides, des souvenirs, des êtres chers vivants et disparus défilent dans mes pensées.

Je me revois, à Kinshasa, dans la rédaction d’Elima-Dimanche l’édition musicale du quotidien éponyme et je trouve presqu’injuste d’en être le seul journaliste présent à cet événement.

Je pense à Nzita Mabiala, Mbiya Tshikala, Mputu Toko Dingani et à mon ami et complice Look Longonya… Je pense aussi à mon père, grand fan de Tabu Ley, qui avait amené notre frère aîné, encore mineur (16 ans), au concert de Tabu Ley à Kisangani, à son retour de l’Olympia…

Drapé dans une sorte de redingote blanche, ajustée sur la taille et qui tombe comme une soutane, Koffi Olomide vient signer le retour de la musique congolaise dans cette salle de référence.

28 ans après Tabu Ley, 25 ans après Abeti Masikini, cette autre native de Kisangani comme le chanteur.

La star du jour ne cache pas son bonheur et on sent, malgré tout, le poids de l’histoire et de l’événement sur sa gestuelle gauche, engourdie avec des articulations qui rappellent une mécanique mal huilée qui crisse.

La suite du concert sera, hélas, du même tonneau : un spectacle brouillon, un son catastrophique, un enchaînement désordonné des chorégraphies, Koffi qui se bat sur scène en pleine interprétation d’une chanson…

Il y eut heureusement deux artistes pour sauver les apparences : l’animateur Mboshi Lipasa  qui, de bout en bout, a rythmé et régulé le spectacle avec des animations savamment reparties et la danseuse Nono Ba Diamants qui a été l’atout charme de la soirée avec une prestation pleine de grâce et d’esthétique, renforcée par ce charme singulier et indolent que dégagent les gauchères contrariées.

Article dans Le Monde, affluence record, une grande maison de disque (Major) en approche…

Lorsque je prends le TGV à Nantes ce samedi 25 août 1998, je tombe sur un article du journal Le Monde qui parle de ce concert.

Cette publication dans le quotidien prisé par l’élite française représentait déjà une forme de laurier pour Koffi Olomide. 

L’article comportait néanmoins un procédé curieux, l’auteur y évoque le concert comme s’il avait déjà eu lieu.

Alors que les producteurs redoutaient une salle clairsemée à cause du coût du billet, le concert va se jouer à guichets fermés avec, devant la salle, environ 200 personnes qui n’ont pu trouver de place.

Les organisateurs vont programmer sur le champ un deuxième concert au Zénith, une plus grande que l’Olympia. Une banderole de fortune est confectionnée sur le champ et annonce cette production.

À noter que Koffi Olomide et son groupe n’avaient pris possession de la salle que vers 23 heures après un concert de zouk prévu de longue date.

L’Olympia inaugurait une double réservation le même soir suite à une suggestion de Constant Lomata, l’actuel gouverneur de la Tshopo.

Et c’est le même procédé qui a été utilisé pour programmer ce chanteur au Zénith le même soir que l’orchestre Tabou Combo.

Parmi les spectateurs ce soir-là : deux représentants d’une grande maison de disque (Sony) sont dans la salle pour rencontrer Koffi afin de lui proposer un contrat car celui signé avec Sonodisc arrivait à  terme.

La star congolaise refusera de recevoir les deux personnes dans sa loge. Pour finir, quelques années plus tard, dans les bras de Diego Music un revendeur des disques au quartier Château rouge à Paris dont les installations (Boutique et Bureau) ne dépassent pas les 12 m².

Une aura panafricaine et transgénérationnelle

Si la star congolaise avait fait salle comble à l’Olympia, il n’y avait quasiment que des Africains.

Personnellement, je n’avais vu qu’un seul Européen. De tous les concerts donnés par les orchestres congolais les années 90, celui du « Roi du Tshatsho » avait attiré un très large panel des nationalités africaines et beaucoup de jeunes qui n’étaient pas des consommateurs habituels de la musique congolaise.

Cette production fut ainsi un excellent indicateur de la pénétration en Afrique de la musique de cet artiste.

Autre élément, les enfants issus des parents congolais vivant en France éprouvaient une sorte de répulsion vis-à-vis de la musique congolaise.

Que de fois des adultes n’ont pas entendu : «Vous avec votre musique là, pfff…». Ces jeunes rejetaient de la même manière le lingala préférant, d’une manière exclusive, la langue française marquée par l’accent emprunté aux jeunes Maghrébins.

Heureusement, la magie « Tsatsho » opéra : alors que les artistes congolais sortaient les clips plusieurs mois après la sortie de l’album pour donner un second souffle à la vente de l’opus, Koffi Olomide va conquérir la jeunesse congolaise grâce à ses clips.

Contrairement aux autres musiciens dont les clips congolais  étaient tournés à la va-vite, le patron de l’orchestre Quartier Latin avait fait le choix de réaliser des vidéos d’une excellente qualité sur tous les plans : décor, prise de vue, montage et scénarisation.

Inspiré, la star va emprunter tous les codes des clips des rappeurs américains : décor, de belles filles sexy à la gestuelle sensuelle, de grosses cylindrées, du champagne à gogo, de gros colliers en or…

Ainsi sa musique logée dans cet univers vidéo du rap américain finit par séduire et par attirer beaucoup de jeunes Congolais et Africains.

La pratique du lingala gagna, du coup, ces ados. Un coup de maître qui prépara ces jeunes à s’enticher, ensuite des musiques de Werrason et JB Mpiana notamment.

C’est de cette recette « Made by Koffi » qu’use et abuse Fally Ipupa mais avec une pauvreté textuelle criante et des musiques sorties des ordinateurs sans originalité et sans âme.

L’ivresse de grandes salles et la pollution des mabanga (dédicaces) doublées de la faillite des producteurs historiques

Dans la foulée de son Olympia, Koffi Olomide réussit à faire salle comble, successivement, au Zénith et à Bercy de Paris.

Papa Wemba, JB Mpiana, Emeneya, Zaïko Langa Langa vont s’engouffrer dans la brèche. À tort, on s’enthousiasma de suivre une musique congolaise triomphante.

Terrible illusion car la qualité des prestations trahissaient une absence flagrante de génie et de qualité.

Hormis, le spectacle de très grande qualité de Papa Wemba à l’Olympia, celui correct de Zaïko, ceux « pas mal mais sans plus » de JB Mpiana à l’Olympia et à Bercy, la musique congolaise s’affichait bruyante, décousue, recroquevillée sur les guéguerres entre supposées stars.

Lors du Bercy de Werrason, c’était la première et la seule fois que je me suis assoupi dans un concert et au premier Zénith de Koffi, je pus compter une dizaine de personnes couchées sur des sièges désertés par des mélomanes dépités.

Et naturellement, cette musique ne se vendait plus. Noblesse Oblige de Koffi, À la Une de Papa Wemba et Feux de l’amour de JB Mpiana restaient les meilleures ventes.

Un à un, les producteurs historiques firent faillite ou se détournèrent de cette musique : Sonodisc (Sono), JPS Production, Simon Production, Rigo Makengo Production…

Chez les vendeurs des disques, les anciens succès des années 60, 70, 80 se vendaient, désormais, mieux et plus que les nouveautés.

Inéluctablement, cette musique qui venait de sortir du ghetto, le 25 août 1998, grâce au passage de Koffi Olomide à l’Olympia, y retourna non sans accompagner son suicide avec des chants et des animations marqués du sceau de l’obscénité et en dépouillant la femme, les danseuses, de leur dignité et de toute chose tentant de couvrir leur nudité.

Botowamungu Kalome /Africqu’Echos Magazine


(BTT/PKF)