Plus de 60 ans de carrière, Roger Lokumu est le seul guitariste hawaïen de l’Afrique subsaharienne encore en activité.

Ce musicien a sillonné le monde et joué avec de grands musiciens comme Tino Baroza, Grand Kallé, Dr Nico, Tabu Ley, Kester Emeneya, pour ne citer que ceux-là.

Son projet : présenter ses œuvres au public et former des jeunes afin de préserver ce genre particulier de la guitare.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Roger Lokumu, ce nom ne parle pas forcément aux mélomanes d’aujourd’hui, et pourtant…

ROGER LOKUMU(RL): Je m’appelle Roger Lokumu, je suis né le 26 décembre 1941 à Kinshasa sur l’avenue Kato N° 120 au quartier Ruwet, dans la Commune de Kinshasa.

J’avais commencé mon école primaire à Saint Pierre et après les prêtres catholiques m’avaient envoyé étudier à Sainte Anne. À la mort de mon père, un membre de sa famille est venu nous prendre pour nous présenter à la famille à Mbandaka où nous étions restés quelques années.

AEM : Comment êtes-vous arrivé à la musique ?

RL : Mon père jouait de l’accordéon avec Wendo, Bowane, Ferruzi, etc. C’est là où j’avais commencé à écouter avec un intérêt particulier la musique.

Ensuite, chaque fois que Tino Baroza (grand-frère de Nico, Déchaud et Dicky) abandonnait sa guitare, je profitais de l’occasion pour en jouer.

C’est auprès de lui que j’ai fait mes écoles. Et à mon retour de Mbandaka, j’ai intégré l’orchestre Elégance Jazz de Bedermos comme accompagnateur et on jouait à Yolo.

De passage à Kinshasa, le soliste de Cercul Jazz de Franklin Boukaka, Mimi était venu nous rejoindre.

AEM : Et c’est un premier tournant dans ta jeune carrière ?

RL : Mimi m’a amené à Brazzaville rejoindre le Cercul Jazz avec lequel nous avions effectué une tournée qui nous avait amenées en Centrafrique et au Cameroun où nous avions trouvé Tino Baroza qui était déjà installé.

Tino Baroza nous a incorporés dans son orchestre et nous étions allés en tournée en Guinée équatoriale.

À l’époque les Noirs ne dansaient pas avec les Blancs, mais Tino avait dansé avec une femme blanche et cela nous avait valu une incarcération.

Notre producteur était intervenu pour notre relaxe et on nous avait sortis du cachot avant de nous conduire jusqu’à la frontière du Cameroun où les policiers nous avaient remis notre argent.

AEM : Qu’avez-vous fait à votre retour ?

RL : Nous avions repris nos concerts comme avant. Mais les filles équato-guinéennes avaient suivi leurs copains au Cameroun afin de les ramener en Guinée équatoriale.

Les autres musiciens avaient accepté de répartir; moi j’avais refusé et j’étais resté seul au Cameroun.

C’est à ce moment que j’avais rencontré le musicien américain originaire de l’État d’Hawaï, Marcel Kubiac, qui était en tournée avec son orchestre à Yaoundé et à Douala.

J’avais intégré le groupe en remplacement de leur accompagnateur qui était malade. Nous étions allés honorer un contrat de 8 mois à Tel Aviv en Israël où on jouait dans un hôtel.

AEM : Qu’est-ce qui s’était passé à la fin du contrat ?

RL : Nous étions allés nous installer à Marseille et c’est là où j’avais demandé à Monsieur Kubiac de m’apprendre à jouer de la guitare hawaïenne.

Il m’avait dit d’attendre qu’il puisse me commander un diagramme chez eux. 8 mois plus tard, le diagramme était arrivé et je pouvais commencer mon apprentissage.

Avec ce groupe, nous avions visité plusieurs pays.

AEM : Quelle était la suite ?

RL : Après, j’avais décidé de regagner le pays. À mon retour, j’accompagnais Grand Kallé qui m’avait vu jouer en France.

Ensuite j’avais intégré l’orchestre G.O. Malebo. Durant cette période, c’est moi qui jouais toutes les musiques instrumentales qu’on diffusait à la radio et à la télévision.

AEM : Qu’avez-vous fait après votre passage chez les G.O. Malebo ?

RL : J’ai décroché un contrat pour aller jouer au Kenya. Sur place Tabu Ley était en tournée et il avait écouté comment je jouais la guitare hawaïenne et m’avait ramené à Kinshasa. J’avais joué un court moment avec lui et je suis parti…

AEM : Quelles ont été vos autres collaborations ?

RL : J’ai joué de la guitare hawaïenne dans la chanson Daisy de Kester Emeneya. La chanteuse Baniel avait interprété ma chanson Eyala. J’avais joué dans la dernière chanson de Grand Kallé, composée par Mizele…

Nico avait joué le solo et moi, la guitare hawaïenne. J’avais également joué de la musique instrumentale avec Manuaku Waku.

AEM : Et concernant les productions scéniques ?

RL : Je jouais à l’hôtel Intercontinental avec Jean-Marie Matutala et après pour mon propre compte. J’ai joué durant 4 ans au Pizzeria et à Atrium. De passage à Kinshasa, le patron de l’hôtel Le Méridien de Brazzaville, Monsieur Papellier, après m’avoir écouté avec sa femme, me proposa d’aller jouer à son hôtel à Brazzaville.

Je m’étais rendu là-bas avec mon accompagnateur et j’avais joué au Méridien; c’était la guerre de 1997 qui avait mis fin à ce contrat et j’avais regagné Kinshasa.

AEM : Quels seraient tes projets ?

RL : Je veux présenter mes œuvres au grand public, les fruits de mes recherches, des chansons originales et éducatives. Je cherche un producteur.

Aussi, la ministre de la Culture a écrit au directeur général de l’INA pour que je puisse former des gens qui pourront perpétuer la guitare hawaïenne car je suis le seul qui la joue en Afrique noire.

Et je ne veux pas que cet héritage disparaisse. Pour le moment, je suis membre de l’orchestre Ambiance Kin Malebo de Malua Mavinga, qui est le promoteur de l’Espace culturel Pool Malebo.

Herman Bangi Bayo/Afriqu’Echos Magazine


(BTT/PKF)