Le Togo choisit ses nouveaux députés jeudi 20 décembre. Un scrutin qui intervient après un an de crise politique et des dizaines de manifestations pour demander le départ du président Faure Gnassingbé.

Cependant, la coalition de 14 partis politiques d'opposition boycotte le scrutin et dénonce des "irrégularités" dans le processus d'organisation et réclame davantage de transparence et des réformes constitutionnelles pour permettre la limitation du mandat présidentiel.

Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a succédé dans la violence à son père, le général Eyadema Gnassingbé, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant trente-huit ans.

"La famille Gnassingbé est au pouvoir depuis des années et n'a pas l'intention d'en être délogé", souligne Robert Parsons, chroniqueur international à France 24. "Cependant, l'opposition grandit et est de plus en plus forte. Elle demande la fin de cette dynastie politique."

Des vagues de violences 

En amont du scrutin, l'opposition a appelé à manifester pendant une dizaine de jours pour exiger l'arrêt du processus électoral et appelé au boycott des élections. Dans des vagues de violences sporadiques, au moins quatre personnes ont été tuées – six selon l'opposition – les 8 et 10 décembre lors de ces manifestations à Lomé et dans le centre du pays.

"Nous disons toujours non à ces élections. Nous ferons ce qu'il faut pour qu'elles n'aient pas lieu", a martelé en début de semaine Brigitte Adjamagbo-Johnson, coordinatrice de la coalition.

Face à la montée des tensions, tous les groupes religieux du Togo ont appelé au report de ces élections, mais le parti au pouvoir reste inflexible : les législatives, qu'il est désormais sûr de remporter, auront bien lieu.

Principal enjeu pour le parti au pouvoir : rafler les quatre cinquièmes des sièges (73 députés sur 91, contre 62 actuellement), pouvant lui permettre d'opérer seul les réformes au Parlement, notamment de passer le vote de réforme constitutionnelle permettant au président Gnassingbé de se représenter en 2020 et 2025.

"L'opposition quant à elle réclame quatre mesures : l'instauration d'une limite de deux mandats pour le président, une élection à deux tours, la démission du président Gnassingbé et le contrôle de la comission électorale", explique Robert Parsons.

"Cédéao responsable" 

Le scrutin intervient après des mois de négociations ratées sous l'égide des présidents ghanéen et guinéen, médiateurs pour la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

La Cédéao avaient encouragé la tenue des législatives avant la fin de l'année : une solution précipitée selon l'opposition qui affirme que le recensement a été bâclé et de ne pas avoir assez de représentants à la Commission électorale.

"La Cédéao a fait une erreur d'appréciation de la situation socio-politique au Togo, en prescrivant des élections à la place des réformes", confie Me Raphaël Kpandé-Adzaré, un porte-parole du Front Citoyen Togo Debout (FCTD), qui représente la société civile.

"La Cédéao est responsable des victimes enregistrées ces derniers jours par sa légèreté et sa complaisance", a-t-il accusé.

Environ 8 000 gendarmes et policiers sont déployés à travers le pays et lundi soir, le ministre de la sécurité, le général Yark Damehame, a mis en garde contre d'éventuelles violences.

"Quand on décide de boycotter un scrutin, on reste chez soi. On ne sort pas pour casser les urnes ou empêcher les autres citoyens d'exprimer leur vote", a averti le général à la télévision nationale.

Avec AFP/France 24


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