On attendait voir les autorités judiciaires agir à la clameur publique, sur les soupçons de corruption des députés provinciaux, électeurs des sénateurs. C'est désormais chose faite. Le Procureur général près la Cour de Cassation est entré en danse dans cette affaire qui frise de l’immoralité à mille lieues. Flory Kabange Numbi a, dans une correspondance datée du 26 février, enjoint le Procureur général près la Cour d'appel du Kongo Central "d'identifier et interpeller les auteurs présumés de ce comportement répréhensible pour répondre de leurs actes".

Le PG près la Cour de Cassation répondait ainsi à la lettre portant retrait de candidature des sénatoriales et dénonciation des faits de corruption que lui a adressée en date du 25 février Luzolo Bambi Lesa. Dans son courrier, Flory Kabange Numbi invite le désormais ex-candidat Luzolo Bambi à fournir au procureur général près la Cour d'appel du Kongo Central "tous les éléments de preuves en sa possession". On rappelle que l'élection des sénateurs et des gouverneurs de province initialement prévue le 6 mars, a été reportée au 14 du même mois. Soit dans deux semaines. D’ores et déjà, la perspective de ces consultations électorales au suffrage indirect est perçue par certains élus provinciaux comme une occasion pour s'en mettre plein les poches.

On assiste, selon des sources, à une sorte de vente aux enchères des voix: 5, 10 voire 20.000 dollars. D’autres exigeraient 100.000 USD, selon que l’on soit à Kinshasa ou à Lubumbashi. C'est la "contrepartie" qu'exigeraient certains parlementaires provinciaux aux prétendants aux travées de l'Hémicycle des sages.

A Kinshasa, l'affaire a fait polémique au point de prendre la tournure d'un scandale politique après la dénonciation faite par Luzolo Bambi, le monsieur "anti corruption". Tout un symbole. Avant lui, les candidats gouverneurs Adam Bombole Intole, Vidiye Tshipanda Tshimanga et Jolie Nkenda étaient également retirés de la course non sans dénoncer ce chantage au vote. Face à ce torrent de dénonciations, l'Eglise du Christ au Congo (ECC) a estimé la situation suffisamment grave pour menacer de saisir la justice.

Au cours d'un point de presse qu'il a animé le 19 février finissant, le pasteur Eric Nsenga Nshimba, porte-parole de l'ECC, a dit haut et fort l'indignation de cette Communauté chrétienne contre "certaines pratiques de corruption" et autres "antivaleurs" perceptibles au niveau des assemblées provinciales.

A Lubumbashi, l'IRDH (Institut de Recherche en Droits humains) avait invité le PGR près la Cour de cassation à ouvrir, sans délai, une information judiciaire sur les "dénonciations de corruption" faites mi-février par Adam Bombole Intole, président du parti "Ensemble Changeons le Congo" sur son compte twitter ainsi que par Vindiye Tshipanda Tshimanga, président du parti "Congo Dynamique Uni". Non soluble dans la justice spectacle avec recul, l'ECC et l'IRDH sont entendus par le Procureur général près la Cour de cassation.

Comme pour tous les autres dossiers, Flory Kabange Numbi est resté égal à lui-même. Ce professionnel du droit abhorre la justice spectacle. Il n'est pas soluble dans la théâtralisation des affaires judiciaires. Il prend le recul nécessaire pour réunir suffisamment d'indices avant d'actionner la machine judiciaire. Sa lettre à Luzolo Bambi signifie qu'il veille au grain. Corrupteurs et corrompus n'auront qu'à bien se tenir.

Didier Kebongo/Forum des As


(TN/Yes)