Comment est gérée la République démocratique du Congo ? Sur quel instrument se base le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo pour actionner les dépenses liées au fonctionnement de l'Etat ? Dans les milieux spécialisés, ces questions taraudent les esprits.

Depuis le gel d'exécution de tous engagements et dépenses au niveau du gouvernement, des entreprises, services et établissements publics, suivant la lettre du directeur de cabinet du chef de l'Etat, Vital Kamerhe, datant du 25 janvier 2019, le pays navigue à vue.

Dans une certaine mesure, la RDC n'a pas de budget de l'Etat proprement dit. En réalité, la gestion de l'Etat est fortement centralisée, à la présidence de la République autour du chef de l'Etat qui s'appuie, pour ce faire, sur son tout puissant directeur de cabinet.

La loi des finances 2019 étant presque gelée - dans une certaine mesure d'ailleurs le compte du Trésor commence à en subir le coup. Selon les données statistiques de la Banque centrale du Congo arrêtées le 22 mars 2019, le compte général du Trésor a affiché un déficit de plus de 164 milliards de franc congolais. En effet, depuis le mois de février, le compte général du Trésor est en train de virer au rouge. A l'absence d'un budget de l'Etat, censé servir de cadre de référence dans la mise en œuvre de la politique, il se pose un réel problème dans la coordination des opérations financières de l'Etat.

Les dépenses de rémunération explosent

A en croire les statistiques compilées par la Banque centrale du Congo, jusqu'au 22 mars 2019, les dépenses de rémunérations des agents et fonctionnaires de l'Etat ont volé la vedette en s'affichant à plus de 774 millions de franc congolais. Ils sont talonnés par les dépenses exceptionnelles plafonnées à 376 millions de francs congolais. Les frais de fonctionnement des institutions publiques viennent en troisième position avec des crédits absorbés équivalent à plus de 215 millions Fc. Les subventions et transferts ont été de l'ordre de plus de 121 millions Fc. Les dépenses, dites urgentes, se sont établis à plus de 36 millions Fc, suivies des dépenses engagées liées à la dette publique à hauteur de plus de 22 millions fc.

Que retenir de ces chiffres ? A première vue, on s'en rend bien compte que les rémunérations des agents et fonctionnaires constituent la grande rubrique qui absorbe une bonne partie des maigres ressources budgétaires. Si jusqu'au 22 mars 2019, l'Etat congolais y a consacré plus de 774 millions Fc, il se fait le taux de réalisation de ces dépenses n'a été que de 21%. Ce qui démontre tous les dysfonctionnements qui continuent encore à plomber le système de bancarisation de la paie des agents de l'Etat, malgré toutes les assurances des autorités publiques. Si les dépenses de rémunérations se réalisent à compte-gouttes, ce ne sont pas de dépenses liées aux frais de fonctionnement des institutions publiques qui ont tout de même affiché une certaine célérité, soit 28% de taux de réalisation.

Ces faibles taux de réalisation traduisent une fois le désordre dans lequel baignent les opérations financières de l'Etat. La 'très forte centralisation au niveau de la présidence – la décision de gel des engagements et dépenses du 25 janvier étant toujours en vigueur- on se rend bien compte qu'il y a une lourdeur dans la ventilation des dépenses publiques. Ce qui suppose une nette violation de la chaine de la dépense publique qui fixe les étapes nécessaires de l'exécution d'une dépense publique.

Si tel est le cas, qu'est-ce qui explique le déficit du Trésor qui se creuse au jour le jour ? C'est en tout cas, l'arbre qui cache la forêt. Il ne faut pas oublier qu'après les dépenses de rémunération, ce sont les dépenses exceptionnelles qui ponctionnent une bonne partie des ressources de l'Etat. Dans ces dépenses, dites exceptionnelles, il y a notamment, se dit-on au niveau du ministère du Budget, des fonds prélevés sur le Trésor pour financer les travaux retenus dans le cadre de 100 jours du chef de l'Etat.

Ramener le calmé

Quand les finances publiques virent au rouge, c'est une alerte qui ne doit pas être minimisée. De tout temps, les finances publiques ont été le ventre mou de l'économie congolaise. C'est généralement de là que partent les premiers signes de déséquilibre avant de s'étendre sur d'autres agrégats macroéconomiques tels que le taux d’inflation et le taux de change.

La succession de solde négatif des opérations financières de l'Etat doit être pris au sérieux. Il est temps d'inverser la tendance, avant que tout l'édifice de la stabilité macroéconomique ne s'effondre.

Ce qui passe par la mise en place d'un gouvernement en vue de prendre réellement le contrôle de la mise en œuvre de la politique budgétaire du pays.

Le Potentiel


(TN/Rei/GW/Yes)