Ce jeudi 10 décembre, l'entretien téléphonique entre Donald Trump et Mohammed VI s'est avéré fructueux. Le président américain a annoncé au roi marocain que les États-Unis avaient décidé de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, et d'ouvrir un consulat à Dakhla.

Mohammed VI a quant à lui indiqué que son pays allait reprendre des relations diplomatiques avec Israël, rapporte notre correspondante à Casablanca, Nina Kozlowski. Le roi s'est notamment dit prêt à accorder des autorisations de vols directs entre les deux pays et à promouvoir des relations économiques. Le ministère marocain des Affaires étrangères a de son côté annoncé la réouverture d'un bureau de liaison avec Israël, tout en soulignant que le développement des relations avec l'État hébreu ne se fera pas au détriment de la cause palestinienne.

Quatrième pays arabe à renouer avec Israël

Un rapprochement entre le Maroc et Israël, la rumeur en parlait déjà il y a trois mois lors de la signature des accords assurant la normalisation des relations d'Israël avec les Émirats arabes Unis et le Bahreïn. Des accords signés à Washington sous l'œil bienveillant de Donald Trump alors en campagne pour sa réélection. Les États-Unis ont souvent fait pression sur le Royaume afin qu'il normalise officiellement ses relations, déjà très étroites, avec Israël.

Le président sortant avait annoncé que cinq ou six pays arabes supplémentaires suivraient l'exemple des deux États du Golfe. En octobre dernier, c'était au tour du Soudan d'annoncer son rapprochement avec l'État hébreu. Une manière de sortir de son isolement sur la scène internationale et ainsi de la crise économique dans laquelle le pays est plongé. Les médias israéliens annonçaient donc depuis plusieurs mois également un rapprochement possible avec le Maroc.

Quelles retombées peut-on attendre de cet accord pour le Maroc ?

Un coup diplomatique de Trump qui risque d'embarrasser Biden

C'est un nouveau coup diplomatique de Donald Trump. « Dans le petite monde de la diplomatie, c’est une bombe », commente l’ancien ambassadeur de France aux États-Unis. « Une avancée historique et massive » se réjouit de son côté le président américain, obtenue par son gendre Jared Kushner. À 41 jours du départ de Donald Trump et de l'investiture de Joe Biden, cet accord renforce l'héritage diplomatique du président sortant avant que son rival ne prenne le relais, comme l'explique Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Proche-Orient.

Mais ces accords Abraham, comme les appelle l'administration Trump, ne vont pas sans contrepartie, rappelle notre correspondant à San Francisco, Éric de Salves. En échange, Washington accepte d’opérer un revirement majeur de sa position sur le Sahara occidental. Donald Trump annonce avoir signé une proclamation de reconnaissance de la souveraineté de Rabat sur cette région disputée. L'ancienne colonie espagnole est actuellement disputée entre les Marocains et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l'Algérie.

Un dossier épineux de plus laissé à son successeur. Donald Trump prend cette décision à seulement six semaines de la fin de son mandat, ce qui est contraire à tous les usages aux États-Unis. D’ordinaire, aucune décision majeure n’est prise par une administration sortante dans cette période de transition.

Mis devant le fait accompli, Joe Biden s’est gardé de tout commentaire. Que fera-t-il après son investiture le 20 janvier ? Difficile de revenir en arrière, selon de nombreux diplomates, au risque de compromettre cette normalisation entre Maroc et Israël.

RFI


(Yes)